Québec, 12 avril 2006
"LES NORDIQUES VAINCUS PAR LA PEAU DES TRESSES" - Jean Balcon

Les Nordiques flottaient sur un nuage depuis
près de deux mois. Le " spadassin des Balkans ", le
Croate Rio Kacik, les a ramenés sur terre
violemment avec une performance de 5 buts dans la victoire
des Jets 8-7 en fusillade au Colisée
hier.
Sans pitié, usant de la rondelle comme d'un boulet de canon sanguinaire, Kacik labourait la patinoire de ses lames effilées, s'installait devant le filet de Pontiak, les jambes solides comme du métal travaillé par Cétotomatix et mettait en échec, de ses épaules de charpentier, tous ceux qui osaient faire obstacle à ses courses effrénées. Il a marqué le but égalisateur avec seulement 45 secondes à jouer, se frayant un chemin à travers une horde de défenseurs qui s'accrochaient à lui alors qu'il poussait vers l'avant de ses jambes noueuses de muscles, comme au ralenti, supportant sur son dos rigide le poids de ses adversaires. Il a déjoué Pontiak alors qu'il s'affaisait sur la glace, en allongeant le bras pour soulever le disque dans le filet.
Le suspense s'est donc prolongé jusqu'à la fusillade. Réguliers comme le tic tac d'une horloge, les joueurs des deux camps ont marqué sur les 4 premiers tirs de leur formation respective. Restait Jargor, pour les Nordiques, et Sôssaspag Primo, pour les Jets. Primo, nerveux, rouge comme une tomate, s'est élancé le premier. Maniant la rondelle comme une boulette, il s'est approché en catellimini vers le filet de Pontiak et, d'une feinte du revers, a logé le disque dans la lucarne. Une feinte parfaite, al dente.
Jargor représentait la dernière chance des Nordiques. Les encouragements se sont tus. La séduisante Kim est retournée au vestiaire, trop nerveuse pour assister à ce moment intense. Jargor s'est avancé, rapidement, le regard vif et le pas félin comme un chat siamois. Arrivé dans l'enclave, il a levé la tête et décoché, sans avertissement, un tir du poignet de toute puissance. Sans qu'il ne soit possible de la voir à l'œil nu, la rondelle s'est fracassée sur le poteau adverse, se séparant en deux parties. Une s'est retrouvée dans le but, l'autre s'est enfoncée dans la bande.
La foule, d'un seul réflexe, a sauté dans les airs, célébrant le but marqué. Les racistes embrassaient les noirs, les divorcés s'envoyaient des fleurs, les souverainistes louaient les chiffons rouges, les politiciens étaient sincères dans leurs accolades, même les Montréalais allaient aux Expos. Mais, stupeur, l'officiel de la rencontre, Ron Boggart, n'a pas fait le signe indiquant un but marqué. Pendant que la foule chantait et dansait, attendant que la fusillade se poursuive, l'arbitre a ramassé le morceau de rondelle dans le filet et arraché celui pris dans la bande. Il s'est dirigé vers le banc du marqueur et a mesuré les deux morceaux. Celui qui s'est retrouvé dans la bande était plus gros que celui qui avait pénétré dans le but. Dans la controverse la plus totale, Boggart a signifié que la partie était terminée et que les Jets l'avaient remportée.
Telles des personnes prisonnières d'un camp de concentration qu'on libère, la foule est ressortie du Colisée le regard hagard, le visage livide, marchant en rang comme un troupeau de vaches aphteuses qui voit au loin la fumée dérivant des corps de leurs congénères calcinées qu'elles iront rejoindre dans une fosse commune pour l'éternité.
" C'est le genre de défaite qui fait mal, a commenté l'entraîneur des Bleus, Michel Woods. J'ai comme une tuque de douleur ici, des ballonnements là, une raideur inhabituelle entre…euh, là, mais surtout, je ne me sens pas fraîche. Dans les annonces, ils disent qu'une application suffit, mais mes démangeaisons continuent. "
Dans la défaite, Jargor a quand même marqué 4 fois, pour soutirer le premier rang des pointeurs à Kacik avec 121 points contre 118.
Les Nordiques finissent deuxième
Heureusement pour les Nordiques, Saskatoon a vaincu Hamilton 3-2, en fusillade également, pour finir au troisième rang. Si Hamilton avait gagné, les Nordiques auraient pu terminer troisième et auraient disputé la demi-finale à l'étranger.
Donc, la semaine prochaine, pour les demi-finales, les Generals visiteront les Jets à Winnipeg tandis que les Nordiques recevront les Scarecrows de Saskatoon.
Dans l'autre rencontre disputée hier, les Moby Dicks de Hartford, qui jouaient pour l'honneur, ont enlevé les dernières chances de l'Iceberg de St.John's de se classer pour les séries en les écrasant 9-2. Demu Valane et Tike Rodano ont marqué 4 buts chacun. L'entraîneur de l'Iceberg, Georgue Hammond, dégoûté de la performance des siens a quitté le banc de son équipe au milieu de la troisième période, alors que la foule huait à tout rompre l'équipe locale. Il s'est lui-même dirigé vers l'orgue de l'amphithéâtre pour y interpréter "Nananana, hey, hey, hey, goodbye".
"Ça a pas de bon sens, pas d'allure, c'est une vraie farce, ça s'appelle des professionnels pis c'est une gang de mauviette sans cœur, sans envergure, des résidus de déchets même pas bons pour faire la joie des enfants d'un bidonville de Calcutta ", a-t-il commenté dans le vestiaire avant de faire un moon à ses joueurs. Il va s'en dire que l'Iceberg se cherche un entraîneur pour l'an prochain.
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